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Jean-Philippe LACHAUX
Directeur de Recherches (DR2)
Tél. : +33-(0)4-72-13-89-13
Fax : +33-(0)4-72-13-89-01
Bureau n° : 225
Courriel : jp.lachauxinserm.fr
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Apprivoiser l’attention

L’attention est le processus de sélection, d’activation et de facilitation de certains réseaux de neurones au dépend des autres. Ce processus peut être déclenché de manière réflexe, par un stimulus externe ou interne, ou bien se développer sous forme d’un contrôle endogène par le système exécutif, exerçant son influence sur le cerveau depuis le lobe frontal. Je m’intéresse particulièrement à ce deuxième aspect. Je crois qu’il existe pour chaque activité, qu’il s’agisse de lire un article, de retourner un service au tennis, d’écouter un cours de maths, parler à un ami ou simplement manger un bon repas, des états attentionnels optimaux, au cours desquels l’attention ajuste finement l’équilibre entre les automatismes du cerveau pour parvenir à une grande efficacité et une grande qualité d’expérience et de ressenti, accompagnées d’une sensation d’effort minime.

Cette conviction a motivé mes recherches tout au long de ces quinze dernières années. Chaque jour, littéralement du lever au coucher, j’essaye de comprendre 1) ce que sont ces états attentionnels optimaux, sur le plan neuronal et expérientiel, 2) pourquoi ils sont si efficaces, 3) ce qui peut empêcher leur développement, et 4) comment apprendre à les déclencher et les stabiliser (c’est une grande source de satisfaction et de plaisir !). J’aborde ces questions à travers ce que j’appelle la « micro-cognition », c’est à dire l’étude des états cognitifs et des processus neuronaux à une échelle temporelle très fine, en général le millième de seconde. Cette approche implique une analyse soignée de l’expérience subjective et des stratégies cognitives « fraction de seconde par fraction de seconde » : ce qu’une personne est vraiment en train de faire et de resssentir, moment après moment. Elle implique aussi une compréhension détaillée de la dynamique cérébrale pour révéler les fondements neuronaux des automatismes sensoriels, moteurs, cognitifs et émotionnels, ainsi que leur modulation par l’attention, toujours à l’échelle de la milliseconde et non seulement en moyenne à travers des populations d’individus comme c’est souvent le cas en neuroimagerie, mais également au niveau d’une personne, et d’une situation unique : un individu réalisant un acte cognitif particulier à un moment donné. Vous, soulevant cette tasse de thé, ou lisant cette phrase, maintenant.

Il y a quinze ans, j’ai découvert que les composantes de haute fréquence (au dessus de 40 Hz) contenues dans l’électroencéphalogramme intracérébral (iEEG) constituent une trace fiable des activités neuronales sous-tendant l’activité cognitive, avec la précision temporelle et spatiale longtemps recherchée chez l’homme. Depuis cet instant, et grâce à une collaboration intensive avec l’unité d’épilepsie de Philippe Kahane à Grenoble, j’ai utilisé cette mesure pour tenter de répondre à mes quatre grandes questions 1) à 4). Cet élan m’a amené à étudier l’effet de l’attention sur plusieurs des principales fonctions qui nous occupent tous les jours, parmi lesquelles la lecture, la mémoire, la vision, l’imagerie, la motricité et cette vie mentale interne qui est maintenant associée à ce que l’on appelle le « réseau par défaut », en regardant à chaque fois à travers cette formidable fenêtre sur la micro-cognition humaine qu’est l’iEEG. Je me suis souvent appuyé sur les paradigmes standards de l’imagerie cérébrale, mais aussi et de plus en plus souvent, en m’écartant de l’approche classique, et en étudiant le cerveau dans des situations de la vie de tous les jours, grâce à une système baptisé BrainTV qui permet de visualiser l’activité neuronale en temps réel pendant que la personne interagit librement avec son environnement. Grâce à BrainTV, nous pouvons maintenant suivre en direct l’état attentionnel d’un individu : nous savons où regarder et à quoi nous attendre.

Mon ambition à long-terme est de traduire les dernières avancées des neurosciences concernant mes quatre grandes questions, sous la forme de pratiques d’entrainement pouvant aider les gens à atteindre ces états attentionnels optimaux, quelle que soit leur activité : apprendre à apprivoiser l’attention, en quelque sorte, en partie grâce aux neurosciences cognitives. Le milieu scolaire constitue un bon point de départ, et avec quelques collègues, nous sommes en train de lancer un projet à large-échelle pour promouvoir l’éducation de l’attention à l’école. Ensuite, nous utiliserons notre expérience pour progressivement bâtir un projet qui s’étende au delà des salles de classe, avec l’espoir de pouvoir rendre pour certains la dure lutte quotidienne pour la survie un petit plus agréable.

Vous pouvez télécharger mes articles et en savoir plus sur BrainTV ici ( www.braintv.org ). Si vous souhaitez un aperçu de ce que les neurosciences ont à dire aujourd’hui sur l’attention, j’ai écrit l’ouvrage suivant : Le Cerveau Attentif. Contrôle, Maîtrise et Lâcher-Prise. Odile Jacob. 2011.

Glossaire :

EEG intracérébral : une technique d’enregistrement qui nécessite l’insertion d’électrodes directement dans le cerveau du patient, pour identifier un réseau neuronal pathologique. Cette technique est souvent utilisée dans le cadre du traitement chirurgical de l’épilepsie.

Système exécutif : un réseau neuronal à large-échelle chargé de mettre en action et d’utiliser la plus part des processus cognitifs de haut niveau, parmi lesquels la prise de décision, le contrôle cognitif, la planification, et la simulation mentale (imaginer le futur et se souvenir du passé). Il est principalement situé dans le lobe frontal, la partie la plus en avant du cerveau.

Projets de recherche :
P2 P7 P1